Balado de Services financiers Innovation CIBC

Les leçons des deux dernières années selon un capital-risqueur, avec Christian Lassonde, fondateur et associé directeur d’Impression Ventures

Episode Summary

Certaines sociétés de capital-risque ont serré les cordons de leur bourse dans les premiers mois de la pandémie, mais il est vite apparu que les entreprises en démarrage capable d’adapter leur modèle d’affaires et de passer entièrement au numérique allaient non seulement survivre à cette période, mais prospérer. Dans cet épisode, Michael s’entretient avec Christian Lassonde, fondateur et associé directeur d’Impression Ventures, des leçons tirées de la pandémie et des raisons de continuer à croire en l’avenir. Étant lui-même entrepreneur, Christian a su mettre à profit son expérience antérieure du secteur du jeu vidéo et de la technologie dans ses fonctions actuelles de capital-risqueur. Il explique comment les leçons apprises tout au long de sa carrière ont guidé son travail de capital-risqueur, pourquoi la notoriété ne l’intéresse pas, l’importance d’adopter une stratégie à long terme en affaires, et bien plus encore. Tous les problèmes naissent égaux Quand il était programmeur de jeux vidéo, Christian a acquis de précieuses compétences en résolution de problèmes qui lui serviront plus tard dans d’autres fonctions. Il a appris que, peu importe le sujet ou le secteur, tous les problèmes se créent à peu près de la même façon et la capacité de trouver des réponses dépend de la passion, de la détermination et de la volonté de résoudre un problème donné. Au bout du compte, Christian a constaté que même s’il existe une infinité de chemins possible quand on exploite une entreprise, l’essentiel reste de trouver sa propre voie, unique à l’entreprise. Échouez rapidement Durant l’établissement de Claystone, une société de développement de logiciels Android, Christian et son équipe entendaient partout et tout le temps le mantra non officiel de la Silicon Valley : « échouez rapidement ». Adoptant cette maxime, ils se sont lancés dans une boucle continue de tests, lancements, apprentissages et itérations, reprise encore et encore. Les leçons tirées de cette expérience ont fini par laisser une trace indélébile sur la perception générale de Christian, le dotant des outils et du répertoire dont il avait besoin pour lancer Impression Ventures. Autant d’optimisme que de cynisme Christian est d’avis qu’un grand capital-risqueur se doit d’être aussi optimiste que cynique. Il fait observer qu’en l’absence d’une conviction profonde que ce qui nous attend surpassera tout ce que l’humanité a connu dans le passé, personne n’irait bien loin en affaires. En général, Christian envisage l’avenir avec optimisme, ce qui l’encourage à continuer d’avancer malgré les éventuelles difficultés en cours de route. Services financiers Innovation CIBC est un partenaire financier de confiance pour les entrepreneurs et les investisseurs. Communiquez avec les membres de notre équipe à l’adresse cibc.com/servicesfinanciersinnovation.

Episode Notes

Certaines sociétés de capital-risque ont serré les cordons de leur bourse dans les premiers mois de la pandémie, mais il est vite apparu que les entreprises en démarrage capable d’adapter leur modèle d’affaires et de passer entièrement au numérique allaient non seulement survivre à cette période, mais prospérer. Dans cet épisode, Michael s’entretient avec Christian Lassonde, fondateur et associé directeur d’Impression Ventures, des leçons tirées de la pandémie et des raisons de continuer à croire en l’avenir. Étant lui-même entrepreneur, Christian a su mettre à profit son expérience antérieure du secteur du jeu vidéo et de la technologie dans ses fonctions actuelles de capital-risqueur. Il explique comment les leçons apprises tout au long de sa carrière ont guidé son travail de capital-risqueur, pourquoi la notoriété ne l’intéresse pas, l’importance d’adopter une stratégie à long terme en affaires, et bien plus encore.

Tous les problèmes naissent égaux

Quand il était programmeur de jeux vidéo, Christian a acquis de précieuses compétences en résolution de problèmes qui lui serviront plus tard dans d’autres fonctions. Il a appris que, peu importe le sujet ou le secteur, tous les problèmes se créent à peu près de la même façon et la capacité de trouver des réponses dépend de la passion, de la détermination et de la volonté de résoudre un problème donné. Au bout du compte, Christian a constaté que même s’il existe une infinité de chemins possible quand on exploite une entreprise, l’essentiel reste de trouver sa propre voie, unique à l’entreprise. 

Échouez rapidement

Durant l’établissement de Claystone, une société de développement de logiciels Android, Christian et son équipe entendaient partout et tout le temps le mantra non officiel de la Silicon Valley : « échouez rapidement ». Adoptant cette maxime, ils se sont lancés dans une boucle continue de tests, lancements, apprentissages et itérations, reprise encore et encore. Les leçons tirées de cette expérience ont fini par laisser une trace indélébile sur la perception générale de Christian, le dotant des outils et du répertoire dont il avait besoin pour lancer Impression Ventures.

Autant d’optimisme que de cynisme 

Christian est d’avis qu’un grand capital-risqueur se doit d’être aussi optimiste que cynique. Il fait observer qu’en l’absence d’une conviction profonde que ce qui nous attend surpassera tout ce que l’humanité a connu dans le passé, personne n’irait bien loin en affaires. En général, Christian envisage l’avenir avec optimisme, ce qui l’encourage à continuer d’avancer malgré les éventuelles difficultés en cours de route. 

Services financiers Innovation CIBC est un partenaire financier de confiance pour les entrepreneurs et les investisseurs. Communiquez avec les membres de notre équipe à l’adresse cibc.com/servicesfinanciersinnovation.

Episode Transcription

[00:00:03] Michael Bonjour. Ici Michael Hainsworth. Le balado de Services financiers Innovation CIBC s’intéresse aux entreprises en démarrage, en croissance et bien établies qui ont fait une percée dans leurs secteurs partout dans le monde. Pour les nouveaux entrepreneurs cherchant à mobiliser des fonds, l’année 2021 s’est révélée bien plus favorable que la précédente. Dans les trois premiers mois de la pandémie, la vie s’est interrompue pour tous, y compris les entreprises. Les sociétés de capital-risque ont serré les cordons de leur bourse, mais une tendance s’est bientôt dessinée. Les jeunes pousses qui ont su passer au numérique pour survivre et prospérer durant la crise sanitaire mondiale ont trouvé des capital-risqueurs prêts à délier leur bourse. En ce début de troisième année de pandémie de coronavirus, l’espoir en l’avenir anime Christian Lassonde, fondateur et associé directeur d’Impression Ventures et lui-même entrepreneur. Il a appliqué les acquis de son travail chez les grands du jeu vidéo Electronic Arts et Lucasfilm dans sa société de développement de logiciels Android, Claystone. Ensuite, ces leçons ont guidé son travail de capital-risqueur. Or, selon ses profils de médias sociaux, la notoriété ne l’intéresse pas. On y lit « Capital-risqueur en technofinance, d’un ennui mortel ». Sérieux? 

[00:01:27] Christian Ouais, c’est un petit clin d’œil pour dire que le capital-risque est trop glorifié dans les médias. À mon avis, et à celui d’Impression Ventures, nous ne devrions pas être des célébrités. Les succès de nos sociétés sont les nôtres. À Impression Ventures, en tout cas, nous voulons que nos entreprises réussissent et que ce soit elles, les célébrités, pas nous. 

[00:01:47] Michael Et diriez-vous que les personnes les plus intelligentes sont souvent aussi les plus sarcastiques? 

[00:01:54] Christian Je dirais que oui. J’ai toujours pensé qu’un bon capital-risqueur doit être aussi optimiste que cynique. Le cynisme et le sarcasme, selon moi, vont de pair dans une certaine mesure. On peut dire que c’est un autre clin d’œil de ma part.

[00:02:09] Michael Vous avez commencé votre carrière comme programmeur de jeux vidéo. En quoi l’aspect résolution de problèmes de la programmation vous sert-il en tant que capital-risqueur? 

[00:02:17] Christian En programmation de jeux vidéo en particulier, le principal défi dans ce domaine est d’arriver à extraire le plus de performance possible à partir du moins de matériel possible. On travaille constamment sur le fil du rasoir. Ça a donc été, complètement par hasard, un excellent point de départ pour une immersion profonde en technologie, et c’était bien sûr une excellente école, car nous investissons aujourd’hui dans la technologie et les sociétés technologiques. Mais je veux surtout vous raconter ce que j’ai découvert dans ce travail, en particulier à mes débuts à Electronic Arts, en travaillant sur un projet appelé Ultima Online. Nous avions un peu plus de 300 000 abonnés. C’était vers la fin de 1990 ou le début de 2000, à l’époque de l’accès par ligne commutée. Nous le savions, et tentions de tirer le meilleur rendement possible. C’est vraiment là que j’ai compris que les problèmes d’affaires, à bien des égards, sont tout aussi intéressants pour moi que les problèmes techniques. Ç’a été un bon point de départ. Les problèmes, en quelque sorte, naissent égaux, et c’est la volonté de les résoudre qui a été un bon point de départ pour ce que je fais aujourd’hui, qui est encore de la résolution de problèmes, mais à une autre échelle que les problèmes de programmation technique que je résolvais à l’époque. 

[00:03:26] Michael En quoi les méthodes différentes d’Electronic Arts et Lucasfilm ont-elles contribué à votre décision de fonder Impression Ventures? 

[00:03:35] Christian Je ne dirais pas fonder directement Impression Ventures, mais je travaillais à Electronic Arts, sur Ultima Online, et c’était ma première incursion dans le secteur des entreprises. Je suis ensuite passé à Lucas Arts et, bien sûr, il y avait beaucoup de problèmes techniques intéressants à résoudre, et nous avons lancé quelques jeux formidables. Mais ce qui m’a marqué, que je n’ai jamais oublié depuis, c’est la méthode très différente pour les activités essentiellement semblables de ces deux entreprises. Ça m’a fait prendre conscience qu’il n’existe pas une seule bonne façon d’exploiter une entreprise. Il existe un nombre quasi infini de chemins possibles pour bâtir une entreprise, et trouver la bonne voie pour la bonne entreprise et la bonne équipe, c’est tout un défi, tout comme les autres défis d’adéquation des produits, d’acquisition de clients, etc. L’apprentissage que je retiens de ces deux sociétés et qui me sert encore à ce jour, c’est la compréhension qu’il existe une foule de façons différentes de suivre un même modèle d’affaires. C’est une leçon très précieuse. 

[00:04:35] Michael Par ailleurs, vous qualifiez le lancement de Claystone d’échec réussi. Je suppose que tout bon entrepreneur voit l’échec comme une occasion d’apprentissage. Qu’avez-vous appris? 

[00:04:45] Christian J’ai lu quantité de livres et, bien sûr, j’ai travaillé dans la Vallée avant Claystone. J’ai été inondé, endoctriné, par ce mantra de l’échec rapide, du développement rapide des entreprises. Claystone, à bien des égards, m’a permis d’appliquer ces pratiques dans des tests, lancements, apprentissages et itérations, dans une boucle d’apprentissage continu. C’est ce que nous avons fait et nous avons fini par réfuter notre thèse en un peu plus de 12 mois. Voir ce processus concrètement a été, non pas une révélation pour moi, mais la validation de la devise de l’échec rapide, mais surtout de la boucle tests, itérations, apprentissages. C’est une leçon que je retiens à ce jour, et aussi, ça a vraiment été le point de départ d’Impression Ventures, car ça m’a permis de créer tout un répertoire de pratiques pour bâtir des sociétés technologiques. Et c’est ce qui a constitué des bases solides pour Impression Ventures, toute cette expérience que j’ai acquise, que je veux partager, que je veux transmettre avec du capital. Voilà, en fait, la genèse d’Impression Ventures.

[00:05:46] Michael Quelle est la chose la plus utile que vous retenez de Claystone et à laquelle les gens n’accordent pas autant d’importance qu’ils le devraient? 

[00:05:56] Christian L’acquisition de client est en fait, selon moi, assez facile. Le plus difficile, c’est la mobilisation. C’est… disons que vous avez un client, il s’est adressé à vous pour un produit payant ou non, il l’a téléchargé, a ouvert votre application. Le plus dur maintenant sera de l’amener à utiliser le logiciel régulièrement. Mais souvent, les arguments qu’on nous sert encore, 11-12 ans plus tard, ce sont des sociétés qui parlent de leurs résultats d’acquisition de clients sans jamais mentionner si quelqu’un utilise réellement leur produit. C’est probablement mon plus grand critère pour les entreprises avec lesquelles nous travaillons, que oui, absolument, il faut pouvoir maîtriser l’acquisition de clients et réussir à le faire efficacement, mais il est tout aussi important de fidéliser la clientèle, et encore plus de la mobiliser. 

[00:06:45] Michael Mais comment maintenir cette mobilisation? Car certains peuvent avoir l’impression qu’une fois le client acquis, le plus dur est fait. 

[00:06:53] Christian C’est là que réside tout l’art dans la science du démarrage d’entreprises technologiques, parce que la mobilisation, c’est vraiment du cas par cas, selon l’entreprise, selon les caractéristiques, c’est au fond la valeur que vous offrez au client. Parfois, la création de valeur dépend d’un cycle mensuel, par exemple, ou elle est liée à une date, et la société tente de l’imposer chaque semaine, eh bien, ça ne donnera rien, ça ne fonctionnera pas, et l’inverse est tout aussi vrai. Si on a une occasion d’apporter de la valeur à un client sur une base hebdomadaire et qu’on essaie seulement de la lui apporter mensuellement, il y aura un décalage. Il faut donc connaître l’entreprise en profondeur pour bien comprendre le cycle selon lequel le client devrait interagir avec le logiciel, le service ou l’application, puis optimiser tous les points de mobilisation pour qu’ils correspondent à ce cycle optimal, mais il est très difficile de déterminer ce cycle optimal. Ce n’est généralement pas évident. 

[00:07:45] Michael Mais une fois qu’on a obtenu cette mobilisation, on a aussi obtenu un promoteur. 

[00:07:48] Christian Oui, absolument. Tout à fait. 

[00:07:52] Michael Ne pas pouvoir vendre en ligne, c’est un énorme problème. C’est ce qu’a constaté Christian Lassonde chez les sociétés en difficulté durant la pire crise sanitaire en 100 ans. Après que les capital-risqueurs ont trouvé leurs repères en 2020, l’Association canadienne du capital de risque et d’investissement (ACCRI) a annoncé qu’en 2021, la valeur moyenne des transactions avait doublé. Malgré les valorisations qui semblent élevées, dans un marché intermédiaire informel, les entrepreneurs choisissent d’obtenir du financement à prix raisonnable parce qu’ils savent que c’est un marathon et ont décidé de ne pas sprinter vers le fil d’arrivée, qu’ils ne franchiront sans doute pas avant dix ans ou plus. Mais Christian Lassonde a observé que personne ne pensait ainsi à l’arrivée de la pandémie. 

[00:08:31] Christian Pas dans le secteur de la haute technologie en tout cas. Mais les jeunes entreprises en particulier ont exprimé le besoin d’obtenir de l’aide pour résoudre leurs problèmes d’acquisition de clients, et de fidélisation et mobilisation de la clientèle. Maintenant que les anciennes méthodes d’évaluation n’existent plus, pouvez-vous nous aider? Et bien sûr, nous avons vu d’abord une accélération de l’adoption des logiciels et technologies financières, ce qui a accéléré les investissements dans les technologies financières. Alors l’environnement est favorable aux technologies financières depuis, disons, juin-juillet 2020. 

[00:09:03] Michael Que prévoyez-vous pour 2022, après qu’en 2021, la moyenne des transactions a doublé pour atteindre 20,7 millions de dollars? 

[00:09:11] Christian Ça montre bien l’environnement dans lequel nous sommes. Une fois qu’un client peut utiliser un produit de services financiers numérique, quel qu’il soit, il est très rare qu’il veuille revenir aux anciennes méthodes sur papier. Si vous êtes un utilisateur tardif, disons du dépôt de chèques avec l’appareil photo de votre téléphone, mais qu’à cause de la pandémie, vous avez appris à déposer des chèques avec votre téléphone, vous ne retournerez pas aux dépôts de chèques au centre bancaire. C’est bien trop facile de le faire sur votre téléphone. C’est une illustration très simple de ce type de changement. Nous n’avons pas observé de retour aux anciennes méthodes, et nous n’en prévoyons pas. Je ne crois pas que ça va arriver. Ce qui pourrait se passer, peut-être pas en 2022, mais plutôt en 2023 ou 2024, c’est que l’adoption de solutions de technologie financière pourrait perdre son élan; à un moment donné, il y aura une perte de vigueur. Des mesures de confinement restent en vigueur dans toute l’Amérique du Nord, alors cette accélération ou cet élan va se poursuivre pour les technologies financières. Mais après la pandémie, j’ignore quand et je n’essaie certainement pas de le prédire, mais après la pandémie, on peut imaginer un ralentissement ou une décélération, mais ce sera intéressant de voir à quel moment ça se matérialisera. Évidemment, Omicron a, je pense, repoussé encore cette date, ce qui est, je suppose, une bonne nouvelle. Mais oui, il est bien difficile de prédire l’avenir. Nous prévoyons simplement un retour à la moyenne, et pour moi, c’est très sain, en général, un retour à la moyenne. 

[00:10:34] Michael Quels signes devrions-nous surveiller, qui indiquent un ralentissement de cette tendance? 

[00:10:40] Christian Je pense que ces signes seront difficiles à voir pour le public. Ceux en première ligne les verront d’abord, il faudra plus de temps pour conclure des ententes, on verra moins de validations de principes et de pilotes, ou ceux-ci seront plus longs, un mois de plus ici, deux mois par là. Ce sera le retour à la moyenne, les choses commenceront à prendre plus de temps qu’actuellement, car les choses ont accéléré, les validations et pilotes sont raccourcis, parfois, les contrats passent directement aux conditions commerciales. Je pense que l’inverse se produira, qu’on reviendra à la routine habituelle, et c’est probablement une bonne chose en général. 

[00:11:14] Michael Vous dites que les valorisations actuelles offrent deux côtés d’une même médaille. Qu’entendez-vous par là? 

[00:11:21] Christian D’un côté, certains profitent de l’accélération du marché et en tirent des ratios très élevés, disons, mais ce n’est qu’un côté de la médaille. L’autre côté, c’est qu’il y a encore, et je dirais qu’en fait, la majorité des transactions sont concernées, on voit des valorisations qui s’alignent plutôt sur des attentes remontant à une dizaine d’années, autrement dit, à l’étape du démarrage, nous n’avons pas vu de hausse massive des valorisations. À la série A, je dirais que les valorisations ont augmenté, mais restent conformes à la croissance réalisée dans les entreprises. Autrement dit, avec une croissance plus rapide, les revenus sont plus élevés, bien sûr, et les valorisations doivent monter en fonction de la croissance des revenus. Mais il y a toujours eu des exceptions, des sociétés à la série C tentant d’obtenir des valorisations de 100 millions de dollars, mais offrant en général des produits fantômes. C’était ainsi dans les années 1990, dans les années 2000, et c’est encore vrai dans les années 2020. Il y en a peut-être un peu plus aujourd’hui qu’il y a quelques années, et elles attirent l’attention des médias. Mais je dirais qu’elles sont l’exception et non la règle. En fait, la majorité des nouveaux entrepreneurs savent qu’ils amorcent un parcours d’une dizaine d’années. S’ils mobilisent des capitaux au sommet d’une bulle, ils risquent fort de s’exclurent du marché à cause de leur prix si, la fois d’après, la bulle s’est dégonflée alors qu’on atteint un creux des valorisations. La chute est brutale du sommet au creux. Il est plus prudent de travailler à augmenter la valorisation moyenne, si possible. C’est bien sûr l’approche que de nombreux chefs de la direction avisés ont adoptée. 

[00:12:55] Michael Donc, les fondateurs conscients que leur parcours durera 10 ans reconnaissent l’importance d’adopter une stratégie à long terme. 

[00:13:02] Christian Oui, c’est exact. Une vision à long terme est essentielle. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de solutions rapides, ou de moyens d’arriver à une augmentation massive avec une solution rapide. Mais pour nous, à Impression, nous préférons voir la mobilisation de fonds et l’expansion des affaires comme un ensemble d’occasions. Et plus il y a d’occasions, plus il y a d’options dans l’entreprise, plus grande sera la valeur à long terme créée pour l’entreprise elle-même et pour ses autres actionnaires. En choisissant une seule et unique voie, l’entreprise limite ses possibilités, ce qui est souvent une mauvaise chose, alors que c’en est une bonne, beaucoup plus prudente pour la société et ses actionnaires, de multiplier les potentielles voies à suivre. 

[00:13:42] Michael Mais des deux côtés de la médaille, on voit des sociétés à valorisations élevées et d’autres de valorisation et de taille raisonnables. C’est juste que les médias ne les voient pas. 

[00:13:42] Christian Bingo. 

[00:13:42] Michael Je me demande, vu la forte croissance des investissements dans la consommation et la vente au détail, je pense qu’elle est autour de cinq fois supérieure au creux de 2018, comment une jeune entreprise de ce secteur, de valorisation et de taille raisonnables, mais négligée par les médias, peut-elle attirer l’attention des capital-risqueurs en 2022? 

[00:14:09] Christian C’est difficile. La capacité d’attention des capital-risqueurs semble avoir diminué au fil du temps. Alors leur démontrer… ils acceptent des rencontres, ils sont payés pour ça, alors il devrait être facile de les rencontrer, mais lors de cette rencontre, leur montrer que votre solution est vraiment dix fois meilleure que celle au deuxième rang, c’est ce qui attirera leur attention, et qui vous vaudra des rencontres et des investissements. 

[00:14:32] Michael Et comment peut-on chiffrer cette supériorité? Comment démontrer qu’une chose est dix fois meilleure plutôt que deux fois? 

[00:14:39] Christian Vous posez des questions difficiles. En général, ce sont les tendances d’adoption des clients. Nous cherchons à établir la vitesse à laquelle les clients adoptent la solution et interagissent avec elle. Et si la mobilisation se traduit en une adoption rapide et exponentielle, la solution est dix fois meilleure. 

[00:14:57] Michael Le Canada joue depuis toujours dans la cour des grands en technologie. Avant BlackBerry, Nortel Networks occupait le devant de la scène technologique au Canada, à l’endroit même où Alexander Graham Bell a esquissé le tout premier téléphone. Aujourd’hui, des géants comme Shopify dominent la scène mondiale. Selon l’ACCRI, les données indiquent que l’écosystème canadien du capital-risque arrive à maturité. Selon le capital-risqueur émérite Christian Lassonde, à quoi ressemble un écosystème à maturité? 

[00:15:25] Christian C’en est un où très peu de fonds publics sont nécessaires pour soutenir les fonds de capital-risque canadiens. Ça ne veut pas dire que l’État n’intervient pas du tout, qu’il n’y a plus d’initiative ou de stratégie nationale en matière de technologie et d’innovation, c’est nécessaire, il en faut absolument une. Mais il y a 10, 12 ou 15 ans, les fonds de capital-risque se faisaient rares au Canada. Il y en avait très peu, et le gouvernement fédéral a eu la sagesse d’instaurer un programme pour relancer le secteur du capital-risque au Canada. Ç’a été une réussite. Nous avons aujourd’hui de nombreux fonds de capital-risque au Canada, mais il est temps, à mon avis, qu’ils commencent à se débrouiller seuls. Selon leur rendement sur 10 ans, le rendement de leurs multiples fonds, ils devraient pouvoir se financer par eux-mêmes, et sans aide de l’État. C’est la définition même d’un secteur à maturité. S’il ne l’est pas déjà, je pense qu’il en est très près. 

[00:16:24] Michael Les données montrent aussi que des fonds américains entrent au Canada à des taux records; que peut-on en déduire quant à l’intérêt des États-Unis pour le Canada? 

[00:16:35] Christian À mon avis, c’est moins un intérêt pour le Canada qu’un intérêt pour les transactions hors États-Unis, mais c’est très pratique pour eux de faire des transactions chez nous, en fait. Donc, il y a peut-être un intérêt pour le Canada. Il y a eu un virage complet ces 10 dernières années. Je me souviens qu’on travaillait avec des sociétés au tout début d’Impression, dont je dirais que plus de la moitié construisaient X pour le Canada, remplacez X par ce que vous voudrez. Ce n’est plus du tout vrai aujourd’hui. C’est devenu exceptionnel de voir une société qui cherche à établir une petite entreprise au Canada pour une solution exclusivement canadienne. La nouvelle mentalité vise une présence mondiale. On bâtit désormais pour un public mondial, et ça attire bien sûr des capitaux, non seulement au Canada, mais à l’échelle mondiale, y compris aux États-Unis, évidemment. Je pense qu’il y a une prise de conscience de cela, mais je pense aussi que les investisseurs américains cherchent à se diversifier hors des États-Unis. Ils veulent investir dans d’autres marchés et, à juste titre, le Canada doit figurer parmi leurs destinations. 

[00:17:30] Michael À quoi attribuez-vous cette prise de conscience, chez les entrepreneurs canadiens, de l’existence du reste du monde? Est-ce uniquement grâce à BlackBerry? Est-ce à BlackBerry que revient tout le mérite? 

[00:17:39] Christian Je dirais que c’est à Shopify que revient sans doute le mérite, plus qu’à BlackBerry. Je n’ai pas vraiment une opinion bien arrêtée là-dessus. Rappelez-vous, je n’étais pas là de 2000 à 2010. Je n’étais pas là, je m’intéressais peu à ce domaine, pas plus qu’au reste des États-Unis, je ne savais même pas ce qui se passait ailleurs aux États-Unis, je m’intéressais seulement aux actualités régionales. BlackBerry nous a fait connaître, Shopify continue de nous donner de la visibilité, et bien sûr, Nortel, avant ça, avait d’abord établi notre réputation. Le Canada a donc d’excellents antécédents technologiques, mais nous ne savons pas les mettre en valeur, la plupart du temps. 

[00:18:13] Michael Vous avez récemment investi dans Trustate, en gestion de succession, et Owl.co, en intelligence artificielle pour les services financiers. Qu’est-ce qui intéresse Impression Ventures ces temps-ci? 

[00:18:23] Christian Eh bien, tout ce qui est lié à la technologie financière. Nous investissons dans la vente directe autant que dans le commerce interentreprises, comme Owl, qui vend des logiciels de détection de la fraude à des compagnies d’assurance. En fait, la fraude reste un domaine que nous aimons, non pas que nous aimions la fraude, mais parce que la possibilité de détecter la fraude ou de la prévenir représente un avantage net pour les consommateurs. C’est-à-dire qu’en éliminant la fraude, que ce soit pour une assurance ou un produit bancaire, cette valeur revient directement au consommateur en réduisant dans les faits le coût de ce produit, alors ce domaine nous plait beaucoup. Nous continuons de nous intéresser au marché de l’habitation, à des façons d’améliorer l’accessibilité. Nous avons fait un placement il y a un peu plus d’un an dans une société appelée Fraction. Sur le plan thématique, c’est exactement ça et nous continuons d’explorer ce domaine, et celui de la gestion de patrimoine. 

[00:19:14] Michael Bien des entrepreneurs à qui je parle, et qui travaillent encore avec des capital-risqueurs, utilisent du financement par emprunt en parallèle. Quand une entreprise en démarrage doit-elle songer au financement par emprunt en plus, ou au lieu du capital-risque? 

[00:19:29] Christian Je pense que les deux peuvent aller de pair. L’idéal, c’est le moment où le modèle d’affaires a acquis une bonne réputation et où le financement par emprunt peut commencer à nourrir la bête, si je puis dire, et dans ce cas, on alimente l’acquisition de clients au moyen des bénéfices par unité. Avec des résultats unitaires positifs, autrement dit, vous pouvez acheter un client pour un dollar et, sur un an, sur un mois ou peu importe, il peut vous rapporter un dollar ou deux, que vous voudrez pouvoir investir le plus possible, et c’est là que les emprunts sont le plus utile, je dirais. Le capital-risque convient bien pour l’expansion de vos services, l’établissement de vos services, ou l’expansion initiale de vos services, alors que le financement par emprunt convient mieux, à mon avis, pour élargir la clientèle d’une offre existante, ils sont donc tout à fait complémentaires. Ainsi, les entreprises en démarrage ne recherchent normalement pas du financement par emprunt, car elles en sont à l’étape de construire la chose qu’elles veulent vendre, mais une fois que c’est fait et qu’elles ont des résultats unitaires positifs, c’est une excellente option. Nous discutons avec le conseil d’administration des sociétés de notre portefeuille quand vient le moment d’obtenir un financement par emprunt, et bien entendu, la Banque CIBC figure en tête de liste. 

[00:20:38] Michael Concernant la prochaine année, vous attendez-vous à ce qu’elle soit meilleure que celle qui vient de finir? 

[00:20:45] Christian Oui, encore une fois, au début du balado, j’ai dit que les capital-risqueurs doivent être aussi optimistes que cyniques, et quand il est question d’avenir, c’est là que l’optimisme entre en jeu. Oui, alors, je suis très optimiste en ce qui concerne les transactions qui vont se conclure, et les sociétés qui font partie de notre portefeuille aujourd’hui. Et il est impossible de réussir dans le domaine du capital-risque sans une conviction profonde que ce qui nous attend surpassera tout ce que l’humanité a connu dans le passé, sinon, mieux vaut changer de domaine. 

[00:21:11] Michael Christian, merci beaucoup de votre temps et de vos réponses. 

[00:21:13] Christian Ce fut un plaisir. 

[00:21:17] Michael Christian Lassonde est fondateur et associé directeur d’Impression Ventures. Les nouveaux entrepreneurs qui cherchent du financement pour passer à l’étape de la croissance devront démontrer un produit ou service non pas deux fois meilleur que celui de la concurrence, mais dix fois meilleur. Ils devront offrir à un marché en difficulté un produit qui l’aidera à déjouer l’obstacle d’une pandémie mondiale, même lorsque la COVID-19 sera chose du passé, et se préparer à un parcours d’une dizaine d’années en s’appuyant sur leur réussite initiale pour transformer leurs clients en promoteurs. Ici Michael Hainsworth. Merci de votre attention.